À Makokou, l’économie provinciale est au cœur des discussions. Réuni les 25 et 26 août 2026 pour sa première édition, l’Ivindo Economic Forum entend positionner l’Ogooué-Ivindo comme un futur pôle d’investissement et d’industrialisation. Autour du fer de Belinga, des infrastructures, de l’énergie, du bois et de l’agro-industrie, la province veut désormais franchir un cap : ne plus seulement extraire ses ressources, mais davantage les transformer et en faire profiter son territoire.

De la richesse du sous-sol à la création de valeur

Ivindo
Derrière cette ambition se trouve un constat largement partagé. L’Ogooué-Ivindo dispose d’un potentiel considérable, notamment avec le gisement de fer de Belinga, mais cette richesse ne suffit pas, à elle seule, à produire un développement économique durable. L’enjeu est désormais de créer autour des grands projets un véritable écosystème économique capable de générer des emplois, de faire émerger des entreprises locales et de retenir davantage de valeur dans la province.

Selon nos confrères Écho de l’eco, le commissaire général de l’Ivindo Economic Forum, Aziz Odjire Koumoue, résume cette ambition par la nécessité de faire passer le territoire « d’un potentiel reconnu à un territoire effectivement investi, structuré et créateur de valeur ».

Belinga comme locomotive industrielle

Au centre de cette nouvelle vision figure naturellement Belinga. Le développement du projet ferrifère implique des besoins considérables en matière de transport, de logistique, d’énergie, de maintenance, de BTP et de services. Le futur corridor ferroviaire reliant le gisement au complexe portuaire de Kobé-Kobé doit notamment accompagner cette dynamique. Ce projet ferroviaire est distinct du Transgabonais et est annoncé sur environ 535 kilomètres. Le schéma présenté lors du forum va plus loin avec l’idée d’une zone industrielle intégrée fer-bois-agro-industrie, conçue pour rapprocher les activités de transformation des bassins de production. L’objectif est de créer une chaîne de valeur complète : extraction, transformation, production, transport et commercialisation. Autrement dit, le minerai extrait à Belinga ne devrait pas être pensé uniquement comme une matière première destinée à l’exportation, mais comme le point de départ d’une activité industrielle susceptible de stimuler tout un tissu économique local.

Kobé-Kobé, le maillon portuaire

Dans cette stratégie, Kobé-Kobé occupe également une place centrale.Le futur port en eau profonde doit constituer l’un des débouchés logistiques du corridor de Belinga. Les travaux ont été lancés en juin 2026 et le projet s’inscrit dans une stratégie plus large de développement des infrastructures minières et portuaires du pays. Le document présenté au forum évoque un corridor Belinga-Kobé-Kobé d’environ 550 kilomètres, ainsi qu’une capacité portuaire annoncée à 110 millions de tonnes par an, avec une mise en service envisagée entre 2030 et 2031.

Ces chiffres relèvent toutefois, à ce stade, des projections présentées dans le cadre de la vision économique discutée à Makokou. Leur concrétisation dépendra des investissements, des études techniques et des décisions qui seront prises autour de ces différents projets.

Une énergie de 400 MW pour soutenir l’industrialisation

Autre pilier de cette stratégie : l’énergie.

Le schéma économique présenté à Makokou prévoit notamment un barrage hydroélectrique de 400 MW à Booué. L’enjeu est déterminant. Une industrialisation durable nécessite une alimentation énergétique suffisamment abondante et fiable pour accompagner les activités minières, industrielles, agroalimentaires et logistiques. L’énergie apparaît donc comme une infrastructure de base, au même titre que le rail, les routes, le port et les télécommunications.

Bois et agriculture : diversifier au-delà du fer

L’Ivindo Economic Forum ne veut toutefois pas faire de Belinga l’unique moteur de l’économie provinciale. Le forum met également en avant deux autres filières : le bois et l’agriculture. Pour le bois, l’ambition est de renforcer les deuxième et troisième transformations, avec notamment la fabrication de meubles, de composants, de panneaux, de papier ou encore la valorisation des déchets issus de la filière.

Dans l’agriculture, le modèle présenté mise sur l’agro-industrie, la transformation du manioc, du palmier à huile et d’autres productions locales, avec l’objectif de réduire certaines importations tout en développant les revenus des producteurs. Cette diversification apparaît comme une condition essentielle pour éviter que le développement de la province ne repose exclusivement sur le secteur minier.

Le contenu local au cœur de l’équation

Reste une question déterminante : qui bénéficiera concrètement de cette transformation économique ?

Le forum place le contenu local au centre de sa stratégie : Emplois locaux, sous-traitance, transfert de compétences, accès des PME aux marchés, développement des entreprises gabonaises, le plan est de Faire participer davantage les acteurs économiques de l’Ogooué-Ivindo aux grands projets. Le document présenté à Makokou prévoit notamment des clauses contractuelles et des obligations chiffrées, des quotas de sous-traitance locale, ainsi qu’un accompagnement des PME. Une orientation qui répond à l’un des principaux enjeux du projet Belinga : faire en sorte que l’investissement minier génère également un tissu économique durable autour de lui.

Trois priorités pour passer du projet à l’action

Pour 2026-2027, trois décisions prioritaires sont mises en avant : finaliser le cadre de régulation et les études de faisabilité de Belinga, lancer un fonds stratégique d’investissement industriel et engager un schéma d’aménagement industriel et la structuration de la filière agro-industrielle.

Le forum entend ainsi dépasser le stade des intentions. Car pour l’Ogooué-Ivindo, le véritable défi ne consiste plus seulement à démontrer que la province est riche en ressources. Cette réalité est déjà établie. La question est désormais de savoir comment transformer cette richesse en emplois, en entreprises, en infrastructures et en revenus pour les populations.

À Makokou, l’Ivindo Economic Forum ouvre donc un débat qui dépasse le seul cadre de la province. Avec Belinga, Kobé-Kobé, l’énergie, le bois et l’agriculture, c’est une nouvelle architecture économique du nord-est gabonais qui est progressivement dessinée. Mais entre les projections présentées et leur réalisation effective, une étape essentielle reste à franchir : mobiliser les financements, sécuriser les infrastructures et garantir que la valeur créée reste davantage sur le territoire. C’est à cette condition que l’Ogooué-Ivindo pourra véritablement passer d’une province riche en ressources à un pôle industriel et économique majeur du Gabon.

Line MINDZE
Journaliste

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