Après plusieurs jours de tension sur le marché du gasoil, le dispositif d’approvisionnement entre dans une nouvelle phase. Le navire d’importation annoncé par les autorités est arrivé et les opérations de ravitaillement sont désormais engagées. Une étape qui doit permettre de reconstituer les stocks et de rétablir progressivement la distribution dans les stations-service du pays.

La fin d’un cauchemar pour les automobilistes

Le scénario redouté par les automobilistes semble désormais derrière eux. Depuis la fin du mois de septembre, la disponibilité du gasoil s’était fortement dégradée dans plusieurs stations-service, particulièrement dans le Grand Libreville. Vendredi 2 octobre, la situation avait atteint un niveau critique : longues files d’attente, stations temporairement à sec et limitation des volumes distribués avaient considérablement perturbé les déplacements et l’activité des transporteurs.

Face à cette tension, le ministère du Pétrole et du Gaz avait annoncé un dispositif transitoire fondé sur la mobilisation des stocks disponibles à la Société gabonaise d’entreposage des produits pétroliers (SGEPP), en attendant l’arrivée d’une nouvelle cargaison. Le gouvernement avait alors fixé au dimanche 4 octobre l’objectif d’un retour progressif à la normale.

Une nouvelle cargaison pour reconstituer les stocks

L’arrivée du navire constitue le principal élément nouveau de cette séquence.

La cargaison doit permettre d’augmenter les volumes disponibles et de réalimenter progressivement le circuit de distribution. Le carburant doit désormais être injecté dans la chaîne logistique afin d’atteindre les différents points de vente concernés.

Cette opération intervient après plusieurs jours durant lesquels les distributeurs ont dû composer avec une baisse des stocks disponibles. Pour maintenir l’approvisionnement, les volumes encore disponibles dans les installations de la SGEPP avaient été mis à contribution, tandis que des mesures temporaires de gestion et de rationnement avaient été instaurées.

Le mécanisme aura permis de maintenir une partie de la distribution jusqu’à l’arrivée de la nouvelle cargaison, mais également de mesurer la fragilité d’une chaîne dont l’équilibre dépend étroitement du niveau des stocks disponibles.

La distribution doit maintenant retrouver son rythme

L’enjeu de ce dimanche n’est donc plus seulement l’arrivée du carburant, mais sa disponibilité effective dans les stations-service.

Le réapprovisionnement d’un réseau de distribution ne s’effectue pas simultanément sur l’ensemble du territoire. Il suppose l’acheminement des volumes depuis les infrastructures de stockage vers les différents points de vente.

Le retour à la normale annoncé par les autorités doit ainsi se traduire progressivement par la disparition des files d’attente, la fin des restrictions de volumes et une disponibilité plus régulière du gasoil à la pompe.

Ces derniers jours, certains automobilistes avaient dû parcourir plusieurs stations avant de pouvoir s’approvisionner. Dans le Grand Libreville, la situation avait également fortement ralenti l’activité des transporteurs urbains et d’autres opérateurs économiques dépendants du carburant.

La reprise de l’approvisionnement constitue donc un enjeu qui dépasse largement la seule mobilité individuelle.

Un carburant stratégique pour l’économie

La tension observée cette semaine a rappelé la place centrale du gasoil dans le fonctionnement de l’économie gabonaise. Transport routier, logistique, activités industrielles ou encore alimentation de certains équipements : une rupture prolongée peut rapidement produire des effets en cascade.

La Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) a d’ailleurs signalé les répercussions de la pénurie sur certains de ses ouvrages de production, avec des perturbations pouvant affecter la fourniture d’électricité et d’eau dans plusieurs zones.  C’est donc la régularité de l’approvisionnement, davantage que la seule résolution ponctuelle de la pénurie, qui constitue désormais le véritable enjeu.

Le talon d’Achille d’un pays producteur de pétrole

Cette nouvelle tension remet également en lumière une contradiction structurelle du secteur pétrolier gabonais.

Le Gabon produit du pétrole brut, mais cette production ne signifie pas pour autant une autonomie complète en carburants raffinés. La capacité nationale de raffinage demeure insuffisante pour couvrir l’ensemble des besoins du marché intérieur, ce qui impose le recours à des importations pour compléter l’offre. Le fonctionnement actuel repose ainsi sur une articulation entre production et raffinage national, stockage, distribution et importation de produits pétroliers.

Dans ce système, la disponibilité des stocks joue un rôle déterminant. Une baisse des réserves chez les distributeurs, combinée à l’attente d’une nouvelle cargaison, peut rapidement se transformer en tension visible dans les stations-service.

L’épisode de cette semaine en fournit une nouvelle illustration.

La sécurisation de l’approvisionnement en ligne de mire

La question de fond reste donc celle de la sécurisation durable de l’approvisionnement national. La SOGARA, unique raffinerie du pays, fait actuellement l’objet de projets de modernisation destinés à renforcer ses capacités. L’ambition est notamment d’augmenter progressivement la production afin de réduire la dépendance du pays aux importations de produits raffinés. Un projet de modernisation prévoit une première phase visant une capacité d’environ 1,25 million de tonnes par an, avant une extension pouvant porter la capacité globale à près de 2,7 à 2,8 millions de tonnes à l’horizon 2030.

La question du stockage constitue également un maillon essentiel. Une capacité plus importante permettrait de disposer d’une marge de sécurité accrue entre deux cargaisons et de mieux absorber les fluctuations de la demande ou les éventuels retards logistiques.

Après la pénurie, le test de la stabilité

L’arrivée de la nouvelle cargaison marque donc une sortie de tension, mais elle constitue surtout un test grandeur nature pour l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.

Pour les automobilistes, le signal est désormais positif : le ravitaillement est engagé et le retour progressif à la normale annoncé pour ce dimanche entre dans sa phase opérationnelle.

Pour les pouvoirs publics et les acteurs du secteur, l’enjeu est plus large. Il s’agit de faire en sorte que la disponibilité du carburant ne dépende pas, à intervalles réguliers, de l’arrivée d’une cargaison pour éviter une rupture dans les stations.

La crise de cette semaine semble ainsi s’achever avec la reprise du ravitaillement. Mais elle aura surtout rappelé une réalité : pour un pays producteur de pétrole, la véritable sécurité énergétique ne se mesure pas seulement à la quantité de brut extraite, mais à la capacité à garantir, en permanence, le carburant nécessaire à son économie.

Line MINDZE

Journaliste

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